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Comité Européen Marseille

Association loi 1901 - Présidente : Monique Beltrame

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© Union européenne / Source: EC - Service Audiovisuel / Photo: Christophe Maout

Modèle de gouvernance mondiale, l'UE a mieux à faire que "l'Europe puissance"

« L'Europe n'a pas été faite, nous avons eu la guerre ». En construisant l'Europe, les peuples ont mis fin à leur haine et aux guerres, qualifiées «d'héréditaires ». Elles étaient si nombreuses ! Aujourd'hui, certains plaident en faveur d'une « Europe puissance », un « noyau dur » de pays servant de modèle aux autres...

Jusqu'au milieu du siècle précédent, chaque génération d'Européens se fourvoyait dans le dédale des problèmes économiques et politiques. Et payait son tribu au Minotaure. On voyait aussi des États balancer aux loups leurs ressortissants et des populations venues chercher leur protection.
Personne ne veut revoir les souffrances innommables et les destructions qui ont affligé notre continent. Du même genre que celles qui assaillent aujourd'hui des populations sur l'autre rive du bassin méditerranéen...
L'Union Européenne n'est pas une puissance totalitaire ou belliciste. Elle n'est pas le gendarme du monde et n'aspire pas à jouer ce rôle.
Le but assigné à l'Europe par les pères fondateurs n'a jamais été de coaliser des États mais d'unir les peuples sur des valeurs éthiques, celles des droits de l'homme.
Une actualité récente montre que l'Europe contrarie fortement le retour des persécutions politiques, racistes ou religieuses, dans certains États membres.
En adhérant à l'Union, les États s'engagent à ne pas pratiquer de politiques discriminatoires. Ils s'interdisent le recours à la force armée pour faire triompher leurs intérêts. La seule force qui compte est celle du droit.
Ils progressent ensemble sur cette voie en produisant des « normes » européennes, c'est à dire des règles communes à tous... Et opposables à tout État membre qui essaierait de se soustraire à ses obligations. Le droit européen autorise même un particulier à se prévaloir d'une directive européenne non encore transposée.
Selon Zaki Laïdi, politologue, professeur à Sciences Po et directeur de recherche au Centre d'études européennes de l'Institut d'études politique,
«grâce à sa capacité à faire accepter des normes, l'Europe peut s'imposer comme modèle de gouvernance mondiale ».
La Commission, « gardienne des traités », se méfie de l'idée d'une· « Europe puissance », d'une Europe cherchant de toutes ses forces à imposer sa suprématie, par la constitution d'un « noyau dur » qui resterait dans la gorge de la démocratie européenne.
Ce noyau politique conduirait à une Europe à deux vitesses, dont la dynamique serait impulsée par les poids lourds du Conseil européen : la France et l'Allemagne
...

Le ministre de l'Intérieur allemand séduit par le chant des sirènes national-populistes ?
La récente menace de démission du ministre de l'Intérieur allemand, en raison de son conflit sur les migrants avec la chancelière Angela Merkel, a montré qu'un dirigeant allemand pouvait être sensible au chant des sirènes national-populistes... comme ceux de Hongrie et d'autres États. On conseille à tous de faire comme Ulysse et ses compagnons : glisser de la cire dans leurs oreilles.
En attendant, on est en droit de se poser des questions : qu'adviendrait-il du « noyau dur· » et de cette « Europe puissance » ? Sa politique resterait-elle fidèle à nos valeurs? Tout le monde connaît la réponse : après avoir perdu le sens de l'orientation sous le charme maléfique du chant séducteur, le navire «Europe puissance » irait se fracasser sur les récifs... Et son équipage serait dévoré par les sirènes. Les nazis n'ont fait qu'une bouchée des démocrates et de la République de Weimar après le ralliement du parti Zentrum qui leur avait prêté l'oreille...
Sur fond de national-populisme, en plein ascension partout dans l'Union, loin de résoudre les défis auxquels l'Europe est confrontée ... crise migratoire, terrorisme, défense européenne... ce noyau dur, impulsé par les "grands" du Conseil européen, contribuerait à la régression de l'Union et de ses valeurs. Et à la défection d'États membres soucieux de respecter les bons usages de la démocratie.
Une « Europe puissance » n'est pas la meilleure chose à faire après le départ du Royaume Uni...
On comprend les réticences de Jean-Claude Junker, le président de la Commission européenne, à engager l'Union dans cette voie.
Même si son devoir lui dicte de protéger ses ressortissants et ses frontières, l'Union européenne, sous la gouverne de la Commission, reste fidèle aux règles de droits et valeurs éthiques dont certains États membres tentent de s'affranchir en prétextant la crise migratoire et le terrorisme
. Philippe LEGER

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