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Comité Européen Marseille

Présidente : Monique BELTRAME association loi 1901

 

JOURNÉE de l’EUROPE

9 MAI 2018

MAIRIE du 2° secteur - 2, Place de la Major - 13002 Marseille

« La journée de l'Europe » est à l’Union Européenne ce que le 14 juillet est à la République Française. Un événement marquant de l'histoire. Chaque année, les Européens, toutes nationalités confondues, commémorent la Déclaration Schuman du 9 mai 1950 qui a permis le lancement de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier), la première communauté européenne qui, en associant 6 États membres, a donné aux Européens leurs premières institutions supranationales, authentiquement européennes et indépendantes*.
En 2018, à Marseille, cette journée de l'Europe a été célébrée de façon officielle dans la Mairie du 2° secteur, grâce au soutien réitéré de Madame le Maire, Lisette Narducci, conseillère générale et conseillère métropolitaine, et de Mesdames et Messieurs les Élus des 2e-3e arr...
De nombreuses personnalités ont honoré de leur présence l'événement ; notamment : le Consul Général du Royaume d'Espagne, Monsieur Guillermo Martínez Correcher García de Los Salmones - le Consul Général du Royaume de Belgique, Monsieur Éric Jacquemin - la Présidente de France-Etats-Unis, Madame Marie-Juliette Labarre - le Directeur du Centre franco-allemand de Provence, Monsieur Fabian Meinel - Me Michel Pautot, l'avocat qui a marqué la jurisprudence européenne en matière de sport.

REVE OU DESENCHANTEMENT

8 mai dernier jour de la guerre, 9 mai 1er jour de la paix

Madame le Maire Lisette Narducci avait organisé la veille une commémoration émouvante en souvenir de la Victoire sur la barbarie, des millions de victimes et du sacrifice héroïque de ceux qui nous ont fait sortir de cet enfer. C’est un travail du souvenir essentiel pour savoir d’où l’on vient, qui on est et éclairer la route de l’ave- nir. Le 8 mai peut-être défini comme le dernier jour de la guerre, suivi du 1er jour de la paix : la Déclaration de Robert Schuman qui dessine un nouvel Avenir .

LA DÉCLARATION DE ROBERT SCHUMAN DU 9 MAI 2018

L’unification du continent a été un rêve pendant des siècles. « L’Europe n’a pas été faite nous avons eu la guerre ». Telles furent les premières paroles de la Déclaration de Robert Schuman le 9 mai 1950. Au lendemain de ce cataclysme Il s’agissait de changer la logique du monde de vainqueur-vaincu par des initiatives inédites et cou- rageuses. « Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition sé- culaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée. » Le gouvernement français, souverain et vainqueur, propose « de placer l’ensemble de la production du charbon et de l’acier sous une haute autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe » Cet acte politique courageux et inédit, offre le partage de la souveraineté sur un plan d’égalité avec l’ennemi d’hier, Il a changé le cours de l’histoire et fait sortir l’Europe de la fatalité infernale des guerres européennes. C’est cette vision politique sans précédent qui a fait faire une véritable

révolution à ce continent ravagé par la haine et la guerre en une zone de paix ou- vrant une ère de prospérité jamais égalée. La Déclaration de Robert Schuman est la pierre angulaire de la construction européenne. Depuis ce jour, jusqu’à la décision fatale du Brexit, l’UE s’est agrandit sans cesse non par la force des armes ou la pression économique mais par une force d’attraction irrésistible. Le rêve est devenu réalité.

Mais pendant que nos pays de la pointe occidentale du continent eurasiatique pro- fitent d‘un progrès inédit et inespéré après le désastre de la 2° guerre mondiale, le ri- deau de fer tombe. Le glacis communiste fige l’Europe centrale et orientale dans la dictature. L’Europe occidentale, malgré la désinformation, deviendra une lueur d’es- poir, la naissance d’un rêve : sortir du tunnel pour atteindre cet autre monde.

La CHUTE du MUR DE BERLIN

L’évènement qui incarne ce rêve insensé devenu réalité est sans conteste la chute du mur de Berlin en novembre 1989 dans un climat de fête surréaliste et onirique. Parfois des miracles marquent l’histoire, mais pour ceux qui sont prêts à les ac- cueillir. Non, on ne doit pas cet événement aux Pershings américains - ils ont certai- nement dissuadé les ambitions soviétiques - mais à l’attraction de cette force démo- cratique, tranquille et pacifique qui s’exerce jusque dans l’âme soviétique d’un nou- veau dirigeant Michaël Gorbatchev, séduit par la Maison Europe, selon sa propre expression et qui renonce à l’usage de la force. Il n’y pas d’événement dans l’his- toire même soudain qui soit dû entièrement au hasard. C’est une conjonction d’actes. La date de libération de l’Europe de l’Est, correspond au bicentenaire de la Révolution française qui est certainement un élément déclencheur. Célébrée avec faste sa commémoration fait le tour du monde avec les concepts de Liberté, Égalité. Fraternité. Le mur de Berlin s’écroule le 9 novembre 1989.

L’unification du continent a donné un élan formidable aux pays d’Europe centrale et orientale ; ils ont gravi rapidement les échelons et augmenté leur de niveau de vie, découvert la liberté d’expression, de circulation, le développement économique. Mais en quoi ce bel enthousiasme s’est-il mué ? Ce sont ceux qui en ont puisé le plus d’avantages qui posent le plus de problèmes d’euroscepticisme et d’autorita- risme anti-démocratique. Ils se sont approprié ce changement grâce à l’illusion de leur grandeur souveraine d’un passé révolu, enjolivé par les contes d’une histoire re- visitée, pour se placer au-dessus des règles communautaires.

J’ai eu la chance en 2000 d’être invitée à Budapest à l’occasion d’échanges organi - sés par le Lycée Marseilleveyre pour faire une conférence sur l’Union Européenne. Dans la salle de l’Université où cela se déroulait, il y avait un public principalement d’enseignants hongrois et roumains. J’ai été frappée par le ton particulièrement agressif de l’organisatrice, professeur de français remarquable du plus grand lycée de Budapest, à l ’origine de cette rencontre. Le ton a été donné : une attaque en règle du Traité du Trianon qui a signé l’émiettement de l’Empire Austro-hongrois et tronqué la Hongrie des 2/3 de sa superficie. Cette situation expliquait cette revendi- cation véhémente principalement contre la Roumanie. J’ai acquis la certitude alors que si ces pays s’étaient libérés du joug soviétique sans l’UE, on repartait comme

en 14. La justesse de cette expression a été illustrée par l’éclatement dramatique de l’ex-Yougoslavie. La présentation de la Déclaration de Robert Schuman a été mon point d’appui pour expliquer que la Communauté européenne mettait en œuvre de nouvelles relations internationales, substituant le Droit à la force brutale. Au fur et à mesure de l’intégration européenne, les frontières étroites de nos pays dessinées au fil des conflits, s’effaceront. L’auditoire a été gagné par ces propos et les partici- pants m’ont révélé de ne connaitre de l’Europe que les fonds communautaires.

C’est dans ce mal nationaliste et cet attrait purement matérialiste que sombre la ma- jeure partie des pays de l’Europe centrale. Désenchantement non, contresens oui ...

Les Occidentaux aussi partagent la faute originelle. Ils n’ont pas su susciter l’en- thousiasme.Ilsn’ontpassufêtercequiétaitunmiracle :l’unificationd’unconti- nent saccagé, occupé, morcelé en petits bouts de puzzle. On n’a su que crier et créer la panique pour affoler la population menacée, par le fantôme du plombier po- lonais. Les citoyens sensibles aux sirènes des populismes ont empêché de mettre un toit à la Maison Europe que Gorbatchev appelait de ses vœux.

Ce ne sont pas les crises économiques qui justifient les populismes. L’Autriche ne connait rien de tel. La Pologne prospère. Et la crise migratoire, dira -t-on ? Il n’y a pas l’ombre d’un migrant en Hongrie. C’est cette Haute Autorité mise en place par Jean Monnet qui n’a pas gagné assez de pouvoir au niveau communautaire pour dégager et imposer l’intérêt général pour tous.

L’EUROPE UNE RÉALITÉ

Car l’Europe n’est pas un rêve mais une réalité avec ses institutions qui gèrent dé- mocratiquement le plus grande Communauté d’Etats qui partagent une partie de leur souveraineté librement consentie. La Communauté européenne est fondée sur le respect mutuel et le principe d’égalité. Petite ou grande nation, riche ou pauvre bénéficie des mêmes droits. Ainsi L’Union européenne est-elle présidée à l’heure ac- tuelle pendant 6 mois par la petite Bulgarie, la dernière venue avec la Roumanie. C’est le principe de la présidence tournante qui permet à tout pays d'orchestrer les réunions des ministres de l'UE dans un d'agenda toujours très chargé, et de s’initier d’une manière pratique à la complexité et l’importance de l’UE. C’est l’occasion de comprendre que la souveraineté et le destin de chacun dépend de la capacité de l’UE de s’affirmer dans son unité vers « une fédération européenne, indispensable à la préservation de la paix ».

MENACES ACTUELLES

Les menaces actuelles sont réelles ce n’est pas le moment de désenchanter. En 1950 on n‘a pas pris le temps de tergiverser mais on a agi. A 600 kms de Paris, le ri- deau de fer scindait en une large plaie de barbelés et de miradors le continent du Nord au Sud. Staline faisait exploser sa première bombe A. A l’autre bout de l’Asie la guerre de Corée, déjà, rendait perceptible les dangers d’une troisième guerre mon-

diale. L’Europe de l’Ouest pouvait en être l’enjeu, petit bout du continent eurasia- tique, le climat était lourd et menaçant. Des révoltes éclataient en Allemagne dans la zone britannique où on démantelait les usines.

Les graves obstacles qui obscurcissent note horizon, réclament une action détermi- née hier comme aujourd’hui « à la mesure des dangers qui (nous) menacent ». Aux critères d’adhésion que sont l’État de Droit, une économie de marché viable, et l’ac- quis communautaire, la Déclaration de Robert Schuman est toujours d’actualité et devrait figurer en bonne place pour comprendre le sens de la construction euro- péenne et se conformer à l’esprit des Pères fondateurs. C’est ce supplément d’âme dont tous les citoyens européens auraient tant besoin pour franchir le pas indispensable à la survie de l’Union Européenne.

Monique Beltrame
Membre de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe (Lausanne CH)
Présidente du Comité Mouvement européen

 

* L'Union Européenne compte 28 États membres (le retrait du Royaume Uni est prévu pour le 30 mars 2019 à 00 h 00 CET).